Ancien juriste devenu céramiste, Corentin Brison façonne la terre avec la patience et la curiosité d’un artisan moderne. Dix ans après sa reconversion, il revient sur son parcours, son rapport à la matière et ce que la création manuelle a changé dans sa vie. Rencontre chaleureuse et sincère menée par Poudreorganic.
Les débuts d’un chemin inattendu
Poudreorganic : Corentin, est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?
Corentin Brison : Bien sûr. Je suis céramiste depuis une dizaine d’années, installé à Paris. Avant ça, j’ai eu plusieurs vies : j’ai travaillé dans la restauration, puis j’ai étudié le droit et l’histoire de l’art. En parallèle de mes études, j’ai commencé la céramique comme un loisir… et c’est devenu une évidence. J’y pensais plus qu’à mes cours. Au bout d’un moment, je me suis dit : il faut que j’en fasse mon métier.
Poudreorganic : Tu n’étais donc pas prédestiné à devenir artisan.
Corentin Brison : Pas du tout ! Mais c’est aussi ce qui rend ce parcours passionnant. J’ai préparé un CAP, trouvé un petit local à Paris et ouvert mon premier atelier. J’y donnais quelques cours, je produisais mes pièces à côté, et petit à petit tout s’est enchaîné. J’ai ensuite ouvert un deuxième espace dédié à la production, puis un troisième. Aujourd’hui, je continue à enseigner, mais je consacre de plus en plus de temps à la création pure.
Le premier contact avec la terre
Poudreorganic : Tu te souviens de ta première rencontre avec la céramique ?
Corentin Brison : Oui, très bien. C’était grâce à ma belle-mère, qui elle-même s’était reconvertie comme céramiste. Elle avait installé un atelier chez elle à La Réunion. Quand on lui rendait visite, elle me faisait essayer. J’ai suivi tout son parcours de formation en Bourgogne, à Saint-Amand-en-Puisaye.
J’étais fasciné : la terre, les gestes, les ateliers, les villages de potiers… C’était un univers vivant, sincère.
Poudreorganic : Tu n’avais pas encore l’idée d’en faire un métier ?
Corentin Brison : Pas du tout. Au départ, c’était un loisir. Mais plus j’en faisais, plus je me rendais compte que c’était ça, mon équilibre.
De l’apprentissage à la signature
Poudreorganic : Tu te souviens de ta toute première pièce ?
Corentin Brison : Oui ! C’était un petit bol tourné pendant ma formation en 2016. Je l’ai encore à la maison, on s’en sert souvent. Il est très simple, mais il symbolise tout le début de mon parcours.
Poudreorganic : Est-ce que ton travail d’aujourd’hui garde une trace de cette première pièce ?
Corentin Brison : Dans les formes, non. Mais dans les couleurs, oui. J’ai toujours aimé les émaux bruts, dans des tons naturels et un peu japonisants. C’est une constance. Aujourd’hui mes pièces sont plus fines, plus légères, plus abouties. Et surtout, elles me ressemblent davantage. J’arrive enfin à concrétiser les formes que j’ai en tête.
Poudreorganic : Tu parles souvent de ta “tasse signature”. C’est elle ta pièce fétiche ?
Corentin Brison : Oui, c’est une tasse avec une anse circulaire qui revient à l’intérieur. C’est un détail que j’ai imaginé à la sortie de ma formation, et je l’ai gardé depuis. À chaque fois que j’en fabrique une, j’éprouve la même satisfaction. C’est mon objet intemporel.

Créer, enseigner, gérer
Poudreorganic : Ton métier ne se résume pas qu’à tourner la terre. Tu dois aussi gérer beaucoup de choses autour, non ?
Corentin Brison : Oui, complètement. Je travaille avec deux amis pour la partie cours et ateliers, mais toute ma production personnelle, je la gère seul : création, ventes, communication, comptabilité… Je suis encore en auto-entreprise, même si ça va évoluer. C’est beaucoup de casquettes, mais j’aime cette autonomie.
Trouver du sens dans le travail manuel
Poudreorganic : Beaucoup de gens cherchent à s’éloigner des métiers dénués de sens. Tu t’es reconnu là-dedans ?
Corentin Brison : Totalement. Avant la céramique, j’ai connu des environnements très hiérarchiques, notamment dans le droit et les études d’art. J’ai travaillé pour des commissaires-priseurs, un milieu fascinant mais fermé, souvent dominé par les egos. J’ai vite compris que ce n’était pas ma place. Quand j’ai découvert la céramique, j’ai eu la sensation d’un retour au concret, à quelque chose de vrai. Aujourd’hui, même s’il y a des tâches moins passionnantes — l’administratif, le site web — je trouve toujours du sens à ce que je fais. Aucune journée ne se ressemble.
L’inspiration au quotidien
Poudreorganic : Qu’est-ce qui nourrit ta créativité ?
Corentin Brison : Beaucoup de choses : les expositions, la photo, la peinture, la sculpture. J’aime aussi regarder le travail d’autres céramistes que j’admire.
Mais ce qui m’inspire le plus, c’est l’architecture et les lieux.
J’imagine souvent mes pièces dans un espace précis : une table, un café, une maison. Flâner dans la ville, observer les bâtiments, c’est une vraie source d’idées.
Durabilité et écologie
Poudreorganic : Quelle place prend la durabilité dans ton métier ?
Corentin Brison : Elle est centrale. Je produis peu, à mon rythme. Je n’ai pas de collections ni de stocks. Je crée surtout pour la fin d’année ou sur commande, souvent pour des cafés ou des restaurants. Ça m’évite de gaspiller.
Côté matières, je n’utilise que deux types de terres : un grès de Bourgogne et une terre chamottée d’Allemagne. Je fais aussi attention à ma consommation d’eau : tout ce qui n’est pas cuit peut être recyclé. Rien ne se perd. Si une pièce présente le moindre défaut, je la réutilise.
Le quotidien de l’atelier
Poudreorganic : À quoi ressemble une journée type pour toi ?
Corentin Brison : La première chose que je fais en arrivant à l’atelier, c’est ouvrir les fours. C’est un moment que j’adore : on découvre le résultat final, comme un matin de Noël. Ensuite, je vide, je remplis, je programme les cuissons. C’est très concret. Et comme je partage mon atelier avec d’autres céramistes, c’est aussi un moment d’échange et de discussion.
Poudreorganic : Tu es dépendant du climat ?
Corentin Brison : Oui, surtout pour le séchage. L’humidité ou la chaleur peuvent tout changer. En été, ça sèche trop vite ; en hiver, trop lentement. Si la pièce n’est pas parfaitement sèche avant cuisson, elle peut littéralement exploser. C’est une part de tension et de magie à la fois.
(Fin de la partie 1 — à suivre : la mode, Poudreorganic, et la vie quotidienne de l’artisan.)

Corentin Brison — Entre céramique et conscience
Suite de notre entretien avec le céramiste parisien Corentin Brison. Après avoir évoqué son parcours et sa passion pour la terre, il nous parle ici de sa relation à la mode, de sa découverte de Poudreorganic et de son approche du quotidien : simple, durable et sincère.
Rencontre avec Poudreorganic
Poudreorganic : Tu connaissais déjà Poudreorganic avant notre rencontre ?
Corentin Brison : Oui, je connaissais la marque, et c’est amusant parce que c’est lié à ma pratique de la céramique. Quand j’ai décidé de me lancer, c’était aussi un choix de vie.
J’avais envie de sens, d’objets qui durent, qu’on garde et qu’on utilise vraiment. C’est une philosophie que je retrouve dans votre marque.
Je voulais proposer des pièces qui aient une vraie valeur, que les gens achètent en conscience. Deux tasses bien faites, qu’on garde et qu’on aime, plutôt que dix achetées sans réfléchir. C’est ce même état d’esprit que j’ai retrouvé chez Poudreorganic : la simplicité, la durabilité, le respect du geste.
Poudreorganic : Et c’est venu comment, cette démarche plus globale vers le durable ?
Corentin Brison : Ça s’est fait naturellement. Avec mon mari, on a eu envie d’épurer, de revenir à l’essentiel. On a trié, revu nos achats, réfléchi à chaque objet. On voulait du solide, du juste, du vrai. Ça passait aussi par les vêtements : on a cherché des marques avec des matières naturelles, bien faites, éthiques. C’est comme ça que Poudreorganic est entré dans notre quotidien — d’abord pour moi, puis pour notre fille.
Poudreorganic : Tu te souviens de ta première pièce Poudreorganic ?
Corentin Brison : Oui ! Un sweat que j’ai toujours, et une veste de travail beige que j’adore. Ce sont des pièces que je mets souvent à l’atelier. Les matières sont belles, solides, elles se patinent avec le temps. Et une fois qu’on a goûté à cette qualité, on ne revient pas en arrière.
L’artisan et le vêtement
Poudreorganic : Tu accordes une vraie importance à ce que tu portes ?
Corentin Brison : Oui, mais pas dans le sens “mode”. Plutôt dans le sens du confort, de la robustesse et du geste. À l’atelier, il me faut des vêtements solides, pratiques, dans lesquels je me sens libre. J’aime superposer les couches — un t-shirt, une surchemise, une doudoune sans manches — selon la température et le travail du jour.
Ce que je porte doit pouvoir vivre, se salir, s’abîmer un peu. J’aime les vêtements qui se patinent comme mes pièces : ils racontent une histoire. Et évidemment, quand la matière est belle, naturelle, respirante, on ne peut plus revenir au synthétique.
Poudreorganic : C’est drôle, on retrouve beaucoup de parallèles entre ton travail et celui du vêtement.
Corentin Brison : Oui, complètement. Il y a la durabilité, bien sûr, mais aussi les teintes, les matières, les textures. Chez Poudreorganic, j’aime ce ton doux, apaisant. Ce n’est jamais neutre ou fade — c’est subtil. Dans mon travail aussi, je reste sur des couleurs naturelles, des tons feutrés, avec parfois une touche plus vive qui vient réveiller l’ensemble.
Les influences nordiques
Poudreorganic : Nous, on est très inspirés par les pays nordiques. Ça te parle aussi ?
Corentin Brison : Énormément. Dans la céramique, les pays scandinaves ont cette approche simple, chaleureuse, où l’objet fait partie du quotidien. Le “Fika” en Suède, ce moment du goûter, est un rituel social et esthétique à la fois. J’aime cette idée d’objet réconfortant — un peu comme vos vêtements, qui ont quelque chose de doux, de rassurant.
Une vie simple et rythmée par la matière
Poudreorganic : Tu disais tout à l’heure qu’aucune journée ne se ressemble. Comment tu définirais ton quotidien ?
Corentin Brison : Il est fait de rituels simples : j’arrive à l’atelier, je prends un café, j’ouvre les fours, je découvre les pièces. C’est un moment que j’adore, plein de surprises. Ensuite, je prépare de nouvelles cuissons, je tourne, j’émaille, je range. Et comme on partage l’espace entre céramistes, il y a toujours un peu de discussion, de bienveillance.
C’est un métier où il faut être patient, attentif. La terre t’impose son rythme : tu ne peux pas la brusquer. Elle sèche quand elle veut, réagit à la météo, garde parfois ses mystères. C’est ce que j’aime : c’est vivant.
Les projets à venir
Poudreorganic : Et pour la suite ?
Corentin Brison : J’ai un grand projet pour 2026 : ouvrir un lieu à Paris. Jusqu’ici, je fonctionnais avec des revendeurs, des marchés de créateurs et un peu de vente en ligne. Mais j’ai envie d’un espace à moi, ouvert, où les gens puissent venir voir les pièces, prendre un café, discuter.
J’aimerais que ce lieu rassemble tout ce que j’aime : la céramique, bien sûr, mais aussi la convivialité, la nourriture, le partage.
Je ne sais pas encore quelle forme ça prendra, mais ce sera un endroit à mon image — simple, chaleureux et vivant.
Poudreorganic : On viendra boire le premier café là-bas.
Corentin Brison : Avec plaisir. Ce sera un bon début.
✨ Propos recueillis par Quentin Frottier pour poudreorganic.


